Les sept sacrements d’hier à aujourd’hui

Les sept sacrements d’hier à aujourd’hui

La publication du motu proprio Traditionis Custodes, par le pape François, le 16 juillet 2021 a drastiquement réduit les conditions de célébration de la messe romaine traditionnelle et, concomitamment, la possibilité d’utiliser les rituels des sacrements antérieurs à la réforme liturgique.

La situation de la messe et des sacrements en France

Schématiquement quatre cas de figures se présentent en France depuis Traditionis Custodes :

  • Relative paix liturgique permettant aux fidèles qui le souhaitent de bénéficier sans difficultés majeures de la célébration de l’ensemble des sacrements selon la forme traditionnelle partout dans le diocèse.
  • Possibilité d’assister à la messe et de recevoir les sacrements selon la forme traditionnelle mais uniquement dans des lieux précis fixés par l’évêque.
  • Possibilité d’assister à la messe traditionnelle mais sans possibilité d’accéder à tous les autres sacrements, en particulier le mariage, la confirmation et le baptême, selon la forme traditionnelle. Dans ce cas il convient de distinguer les lieux de culte où existe une vie paroissiale conforme aux pédagogies traditionnelles de la foi et celles où n’est autorisée que la célébration de la messe, le reste des activités devant se fondre dans la « pastorale diocésaine ». On notera le cas baroque d’au moins un diocèse dans lequel la cérémonie du baptême est autorisée selon le rite traditionnel pour les enfants mais pas pour les adultes.
  • Impossibilité de bénéficier de la célébration de la messe et des sacrements selon la forme traditionnelle.

Les conditions de validité d’un sacrement

S’il a été abondamment écrit sur la réforme du rite de la messe, les modifications apportées au rituel des six autres sacrements par la réforme liturgique ont été beaucoup moins étudiées. C’est l’immense mérite du livre de l’abbé Barthe : Les sept sacrements d’hier à aujourd’hui que de traiter cette question, avec une belle préface de Mgr Athanasius Schneider, évêque auxiliaire d’Astana. Il faut convenir que cette publication a donné lieu à des échanges que l’auteur n’avait pas anticipés, mais qui sont restés au stade épistolaire, aucun débat contradictoire en face à face n’ayant pu avoir lieu. Ses contradicteurs reprochent à cet ouvrage de remettre en cause, par ses réserves, l’indéfectibilité de l’Eglise.

Rappelons ici les conditions de validité d’un sacrement :

  • la matière, définie par l’Eglise en conformité avec sa pratique séculaire : le pain de froment et le vin de raisin pour l’eucharistie, l’eau pour le baptême,
  • la forme, les paroles qui agissent et expriment le caractère particulier de chaque sacrement, ainsi pour le baptême : « Je te baptise au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit »,
  • le ministre validement ordonné, généralement le prêtre mais pas exclusivement (en cas d’urgence n’importe qui peut baptiser),
  • que ce ministre ait l’intention de faire ce que veut faire l’Eglise.

Une analyse critique

Dans son travail, l’abbé Barthe s’attache essentiellement à l’étude de la forme, soit l’ensemble des prières qui accompagnent le rite sacramentel. En aucun cas il ne met en cause la validité des sacrements pour un défaut de forme. Il ne prétend pas non plus sacraliser le rite de 1962, qui est certainement perfectible, la seule liturgie parfaite étant celle du ciel. Il se contente d’observer que la multiplicité des possibilités liturgiques nuit, par nature, à la sacralité du rite. Il est d’ailleurs surprenant que, parmi la multiplicité des possibilités offertes, la seule interdiction soit celle de l’utilisation du rituel traditionnel. L’abbé Barthe, textes à l’appui, observe dans les nouveaux rituels des sacrements un affaiblissement des réalités surnaturelles, un amoindrissement du sens de chaque rite, afin d’en réduire les aspérités pour l’esprit du monde. Aucune vérité de foi n’est niée. Elles sont cependant souvent estompées. L’exemple le plus emblématique est celui du nouveau rituel du baptême. « Dans la forme traditionnelle, le baptême est présenté comme une infusion de la vie divine dans une dynamique de combat explicite contre l’emprise du démon à cause du péché originel ; le rituel nouveau ne marque que très peu cette perspective », en particulier par la quasi-disparition des exorcismes.

Les raisons d’une résistance

Si de nombreuses publications ont souligné la qualité de ce travail, d’autres voix se sont exprimées pour reprochant à l’auteur de « juger et condamner des prières approuvées par la sainte Eglise hiérarchique notre Mère ». Est-il incongru de rappeler que le fameux article 7 de l’Institutio Generalis présentant le missel réformé, en 1969, définissait la messe comme « le rassemblement du peuple de Dieu sous la présidence du prêtre » et a eu force de loi pendant plusieurs mois avant qu’il ne soit modifié par le pape ? Malheureusement « la sainte Eglise hiérarchique notre Mère » peut adopter des formulations hasardeuses dont le simple laïc n’est cependant jamais le juge, car c’est en définitive la Tradition de l’Eglise qui juge les nouveautés, si tant est que dans l’Eglise il puisse apparaître des nouveautés. Le terme de « nouveaux rituels catholiques » n’est-il pas, en lui-même, un oxymore ?

Les laïcs et les prêtres attachés à la célébration traditionnelle des sacrements le font pour trois raisons principales, cumulatives ou exclusives selon les personnes :

  • les nouvelles formules rituelles, cela a été abondamment démontré pour la messe, expriment de manière moins nette et limpide les réalités surnaturelles de la foi catholique. Il n’est pas question d’affirmer que l’Eglise donne à ses enfants « des serpents et des scorpions » à la place de « poissons et d’œufs », mais d’observer qu’en lieu et place d’une boisson roborative à la saveur manifeste et à l’identité affirmée c’est trop souvent une insipide infusion sans bouquet, ni corps qui est proposée.
  • il n’est pas du pouvoir de l’autorité suprême de rompre avec la tradition multiséculaire de l’Eglise. Il y a dans l’interdiction de la célébration des sacrements selon leur forme traditionnelle un abus de pouvoir auquel il est légitime de résister sans amertume, ni ressentiment mais aussi sans faiblesse, ni scrupule. On est d’ailleurs surpris du manque de respect témoigné envers les parents, les fiancés, etc. par des autorités qui n’ont à la bouche que le mot de dialogue et qui, sans avoir démontré en quoi ces rites traditionnels seraient nocifs, ne savent user que de l’argument d’autorité pour interdire qui un mariage, qui des obsèques selon ces rites.
  • au-delà des nouveaux rites de la messe dont les ambiguïtés ont été depuis longtemps identifiées, la fidélité aux pédagogies traditionnelles de la foi est aussi une question de cohérence globale (lire à cet égard l’article de l’Union Lex Orandi « Cinq raisons d’exiger la confirmation dans le rite traditionnel »).

La résistance aux « adaptations conciliaires », dont la légitimité et la fécondité apostolique peuvent être questionnées, est une simple mesure de prudence et de bon sens, ne remettant en cause ni l’indéfectibilité de l’Eglise, ni son magistère.

Ce travail documenté et apaisé sera d’une grande utilité pour tous ceux qui, sereinement mais fermement, se contentent de vouloir persévérer dans la fidélité aux moyens de sanctification dont usèrent leurs pères.

...

S’affilier à l’Union Lex Orandi

Pour toute demande d’affiliation, contactez-nous par mail.