Compte rendu de la conférence du 3 mars 2026 : l’attractivité de la liturgie traditionnelle

Compte rendu de la conférence du 3 mars 2026 : l’attractivité de la liturgie traditionnelle

Le 3 mars dernier, l’Union Lex Orandi organisait à Paris une conférence intitulée : « L’attractivité de la liturgie traditionnelle - la preuve par l’exemple des convertis et des recommençants » avec la participation des abbés Iborra, prêtre du diocèse de Paris, vicaire de la paroisse Saint Roch, Roseau (Fraternité sacerdotale Saint-Pierre) en ministère à l’église Notre-Dame des Cités dans l’Essonne et Bévillard (société des missionnaires de la miséricorde divine), chapelain de Saint François de Paule de Draguignan ainsi que de trois néophytes venus expliquer leur démarche.

Cette soirée avait un triple but : témoigner de la vitalité de la liturgie traditionnelle, se préparer à participer au concile provincial de Paris consacré à l’accueil des néophytes et enfin illustrer l’attractivité de cette liturgie dans la perspective du prochain pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté dont le thème sera « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la Terre ».

Ce débat était fondé sur les travaux de Philippe Pelissier : « Ils sont entrés dans l’Eglise par la liturgie latine » réunion de témoignages réalisée avec le concours de la paroisse Saint Roch (Paris), de la FSSP et de la SMMD. Ce petit livre avait déjà été présenté à deux évêques, Mgr Jordy (archevêque de Tours) et Mgr Rougé (évêque de Nanterre) ainsi qu’aux organisateurs du concile provincial de Paris. Il reçut un bon accueil et aucune réserve n’a été faite à l’encontre de ces néophytes un peu atypiques dans l’Eglise de France.

Conférence du 3 mars 2026


Soulignons ab initio la grande leçon de cette soirée : les néophytes sont une chance pour l’Eglise ! Accueillir des convertis ou des recommençants, c’est aussi enrichir la communauté et s’enrichir soi-même au contact de personnes enthousiastes dont on peut dire que le zèle ravive la flamme des « habitués » et nous rappelle la nature proprement extra-ordinaire du message évangélique.

La hausse du nombre des baptêmes d’adultes touche aussi les chapelles attachées à la liturgie tridentine

Le phénomène de la hausse des baptêmes d’adultes et d’adolescents est bien connu de l’opinion publique - même en dehors de l’Eglise. Il faut dire que leur nombre a dépassé les 18 000 (10 000 adultes et 8 000 adolescents) en 2025 (soit un doublement du flux habituel). Pour une Église de France habituée aux mauvaises nouvelles, c’est là un fait étonnant et encourageant.

Mais ce phénomène touche aussi les paroisses où se célèbre la messe dite de saint Pie V, démontrant ainsi que la liturgie traditionnelle est vivante et attractive. A Paris, la liturgie traditionnelle n’attire que 2% des fidèles dominicaux… mais 10% des néophytes ! C’est certes une minorité mais à 10%, une minorité n’est pas dérisoire, et surtout ce niveau marque une claire surreprésentation par rapport à un taux de 2% des pratiquants réguliers.

Ces néophytes qui cherchent le Christ et… le trouvent !

Ces néophytes sont nos contemporains : ils suivent des cheminements autonomes, souvent appuyés sur la consultation d’internet. Ils veulent comprendre le sens de leur vie dans un monde qui leur paraît coupé de ses racines et qui avance sans règles. Et ce qu’ils cherchent n’est pas d’abord une forme liturgique mais surtout une relation au Christ et à Son Eglise.

Des témoignages exprimés et de l’expérience des prêtres présents, on retient d’abord que les catéchumènes ne viennent pas à la messe « tridentine » poussés par de simples considérations esthétiques. La beauté de la messe traditionnelle est pour eux une réalité, mais dans laquelle ils voient un élément d’un tout qui repose sur la Foi dans la présence réelle. Or, celle-ci leur semble souvent plus aisément perceptible dans une liturgie plus retenue et moins conviviale. Presque tous soulignent la noblesse de la cérémonie, le respect manifesté à Notre Seigneur, l’attitude des prêtres et des fidèles comme les facteurs clefs de leur option pour la Tradition.

Il est intéressant de noter que cette perception revêt pour certains une dimension émotionnelle, immédiatement acquise en assistant à la cérémonie. Une néophyte a même parlé de coup de foudre ! Chez certains, le silence qui accompagne la récitation du « canon » porte plus de sens que la lecture à haute voix de la « prière eucharistique ».

Mais pour d’autres, la démarche est plus intellectuelle et repose plutôt sur la cohérence étroite entre le déroulement de la messe et la définition théologique de l’Eucharistie. Dans les deux cas, ils considèrent que cette messe, centrée sur le Seigneur, rompt fortement avec la banalité du quotidien.

Enfin, tous soulignent la qualité de l’accueil qui leur fut réservé par les prêtres qu’ils ont rencontrés ainsi que la pertinence des pédagogies traditionnelles de la Foi comme les adorations, les pèlerinages, le catéchisme « questions/réponses ».

Conférence du 3 mars 2026

Quelle formation leur a été proposée ?

Avec des nuances selon les lieux, la formation proposée ne doit pas reposer uniquement sur des « temps forts » (comme les pèlerinages) mais les fait coexister avec une préparation doctrinale solide (de deux à quatre séances mensuelles) qui nourrit les intelligences et les renforce par la prière.

Cette formation des catéchumènes est exigeante et suppose de la part de ceux qui les « accompagnent » d’être disponibles et surtout d’être bien formés, à la fois spirituellement et doctrinalement.

Il faut également accepter que les parcours de vie des candidats au baptême soient parfois difficiles voire chaotiques - en relation avec les faiblesses morales de notre époque et de notre société.

Que proposer alors à ces néophytes pour qu’ils trouvent leur place dans l’Eglise ?

Le défi est réel car après l’enthousiasme du baptême, le néophyte risque de souffrir du retour à la régularité, voire à la monotonie de la vie paroissiale - un peu comme les Hébreux dans le désert. C’est pourquoi, il est naturel de préparer cette phase « d’atterrissage ». Plusieurs pistes ont été proposées.

N’oublions jamais que nous serons d’abord jugés sur la Charité. Elle est au cœur, depuis toujours, de l’action de notre Eglise. Les paroisses sont actives sur ce plan également - je pense par exemple aux maraudes en direction des SDF. En invitant les « nouveaux » à les rejoindre, on accomplira une œuvre utile.

Sur le plan intellectuel, il est capital de proposer au néophyte de poursuivre sa formation : par exemple dans le cadre d’un catéchisme de persévérance - ou, de façon moins scolaire, tout simplement d’inviter le néophyte à servir la messe ou à rejoindre la schola.

Pour retrouver l’enthousiasme des grands moments du catéchuménat, il faut continuer avec ces moments intenses sur le plan spirituel que sont les pèlerinages ou les nuits d’adoration.

De façon plus prosaïque, la recherche de la convivialité doit être assumée. Si les offices sont des temps de recueillement et ne doivent pas laisser place à aucun laisser-aller, il est légitime d’organiser des temps d’échanges autour d’un verre ou d’un repas. Des liens naturels doivent se créer entre les fidèles, auprès desquels les néophytes doivent être les bienvenus.

C’est aussi l’occasion de rompre l’entre-soi de certaines de nos communautés, de renoncer aux débats historiques qui ne passionnent que les initiés et surtout de remercier les catéchumènes, les néophytes et les recommençants pour tout ce qu’ils apportent à l’Eglise.


Textes intégraux des exposés

Nous publions ci-après les textes des différents exposés présentés lors de la conférence du 3 mars 2026. Cliquez sur chaque titre pour dérouler le texte correspondant.

Message de Frédéric Guillaud — auteur de plusieurs ouvrages d'apologétique dont Catholix reloaded (Le Cerf, 2015) ou Et si c'était vrai ? La foi chrétienne à la loupe (Marie de Nazareth, 2023)

On peut dire bien des choses à la gloire de la liturgie traditionnelle : qu’elle fut la messe de nos pères, et des pères de nos pères, qu’elle sanctifia l’immense cohorte des saints du calendrier, qu’elle révèle la continuité du rite catholique avec celui de l’Ancien Israël, qu’elle manifeste, plus que tout, la présence réelle de Jésus dans l’eucharistie, qu’elle rayonne de la transcendance de Dieu et magnifie la beauté des églises, qui furent conçues pour elle - tout cela est vrai.

Mais le plus grand de ses titres, la plus évidente de ses gloires, c’est qu’elle continue de convertir des âmes, ici et maintenant. « La gloire de Dieu, disait Saint Irénée, c’est l’homme vivant. » La gloire de la messe ancienne, c’est la jeunesse du monde !

(…) Les jeunes gens qui la découvrent sont comme arrachés à la prose des jours ouvrables, pour être happés par la poésie du dimanche. Ils ne sont pas nostalgiques - comment le seraient-ils, ils n’étaient pas nés ? (…) Ils ne sont ni desséchés, ni superstitieux, ni les débris d’un monde défunt, mais de toutes provenances, de tous milieux, pleins de sève et nourris de l’Évangile. Les sorties de messes traditionnelles - il suffit d’aller voir - ne ressemblent plus aux clichés rapetassés qu’on colporte. Ce n’est pas le mess des officiers. Ni le salon de la comtesse. C’est le métro à 18 heures.

Extrait de Ils sont entrés dans l’église… par la voie de la liturgie latine (Presses de la Délivrance).

Exposé introductif de Philippe Pelissier — laïc ayant dirigé la rédaction de Ils sont entrés dans l'Eglise par la voie de la liturgie latine (Presses de la Délivrance)

Le phénomène des baptêmes d’adultes et d’adolescents est bien connu de l’opinion publique - même en dehors de l’Église. Il faut dire que leur nombre a dépassé les 18 000 (10 000 adultes et 8 000 adolescents) en 2025 (soit un doublement du flux habituel). Pour une Église de France habituée aux mauvaises nouvelles, c’est là un fait satisfaisant et même étonnant. Mais j’ajoute aussitôt un détail qui intéressera ceux d’entre nous qui sont attachés à la liturgie traditionnelle : ce phénomène touche aussi les paroisses où se célèbre la messe dite de st Pie V.

Je ne le précise pas seulement pour de simples raisons documentaires mais aussi et surtout parce que cela signifie aussi que la liturgie traditionnelle est vivante et attractive. Cette attractivité et cette vitalité doivent être soulignées dans un contexte marqué par certaines restrictions à l’usage de l’ancien missel. En effet le Motu Proprio Traditionis Custodes a non seulement créé une grande anxiété mais aussi a manifesté l’existence (à Rome et ailleurs) d’un fort sentiment de méfiance à l’égard du missel de st Pie V. Nous pouvions craindre que les restrictions imposées par ce texte ne soient aggravées par des mesures supplémentaires débouchant sur la quasi interdiction de cette liturgie plus traditionnelle.

En échangeant avec des prêtres et des amis, « laïcs engagés » selon l’expression consacrée du courrier des lecteurs de la Croix, j’ai pensé que cette méfiance était peut-être due à la méconnaissance des fidèles qui y sont attachés. N’avons-nous pas le sentiment parfois, ou même souvent, qu’existent, dans le clergé ou dans les médias, de lourds préjugés voire de stéréotypes à l’encontre de cette liturgie, parfois assimilée à de purs choix sociaux ou culturels de petits groupes repliés sur eux-mêmes - comme si le missel de St Pie V allait de pair avec le loden vert…

Si nous voulons défendre la tradition liturgique, il nous fallait lutter contre ces préjugés. Et quelle meilleure façon de le faire que de nous tourner vers ceux qui rejoignaient les rangs de l’Église par la voie de la liturgie plus traditionnelle ? C’est l’objet de cette étude qui regroupe les témoignages de 4 prêtres, 27 néophytes et 14 « recommençants ». Je remercie vivement la paroisse Saint-Roch, la FSSP et la SMMD d’avoir accepté de coopérer à cette étude.

Avec ces communautés, nous avons élaboré et diffusé un questionnaire auprès de leurs néophytes et recommençants. Celui-ci reposait sur les points suivants : quel est votre milieu d’origine (sur le plan social et religieux), quel est votre parcours d’études et professionnel, quel était votre rapport à la religion avant la conversion, le motif de celle-ci, et la raison du choix de la liturgie traditionnelle et, enfin, quelles furent les réactions de l’entourage ?

Je remercie les abbés Iborra, Roseau et Bévillard pour leur implication personnelle puisqu’ils ont accepté de décrire leur propre expérience - vous pourrez la lire dans ce recueil mais surtout vous pourrez également les entendre dans quelques instants.

Leurs démarches sont diverses et leur nombre est trop faible pour établir des statistiques incontestables mais je puis souligner quelques traits saillants.

Tout d’abord, ces catéchumènes viennent de milieux variés - avec comme points communs une moyenne d’âge relativement basse et une forte proportion d’étudiants ou de jeunes diplômés (et parfois même fortement diplômés !). Souvent issus de familles anciennement chrétiennes mais dont on peut dire qu’elles ont été « déchristianisées ». On entrevoit souvent le souvenir d’une grand-mère pratiquante, par exemple. Ces baptêmes sont un peu le contrecoup des ruptures de transmission de la foi.

On en trouve aussi qui sont issus de familles juives ou musulmanes, mais qui avaient déjà pris leurs distances à l’égard de ces religions.

Ensuite, ils ne sont pas venus à la messe comme ils auraient été à l’opéra. La beauté de la messe traditionnelle n’est souvent pour eux qu’un élément d’un tout qui repose d’abord et avant tout sur la Foi dans la présence réelle et celle-ci leur semble souvent plus aisément perceptible dans une liturgie plus retenue et moins conviviale. Presque tous soulignent la noblesse de la cérémonie, le respect manifesté à Notre Seigneur, la concentration des prêtres et des fidèles comme les facteurs clefs de leur option pour la Tradition.

Enfin ce sont des hommes et des femmes du XXIè siècle qui suivent des chemins autonomes, souvent appuyés sur la consultation d’internet. Mais tous soulignent la qualité de l’accueil et des pédagogies mises en œuvre par les prêtres qu’ils ont rencontrés.

Un dernier mot pour terminer. J’ai tenu à présenter ce travail aux autorités ecclésiastiques. J’ai pu ainsi rencontrer deux évêques, Mgr Jordy (archevêque de Tours) et Mgr Rougé (évêque de Nanterre), et ainsi leur donner ce recueil et échanger avec eux.

Avec Frédéric Guillaud, nous avons rencontré des organisateurs du concile provincial de Paris. Je me réjouis de la qualité de l’accueil qu’ils nous ont réservé. Et je souligne qu’ils ont affirmé qu’aucune réserve de principe n’existait à l’encontre de ces néophytes dans l’Église de France malgré les débats anciens existant autour des sujets liturgiques. J’en déduis qu’il nous faut donc saisir la main tendue et participer activement aux travaux du concile provincial pour que la voix de ces catéchumènes soit entendue !

Je souligne aussi que le prochain pèlerinage de Chartres aura pour thème « vous serez les témoins jusqu’aux extrémités de la terre ».

Il est temps pour moi de laisser la parole aux prêtres que nous avons invités :

  • L’abbé Iborra, vicaire de Saint Roch, prêtre du diocèse de Paris, nous présentera une vision un peu large et générale du sujet ;
  • L’abbé Roseau, FSSP, nous décrira la formation qu’il propose à Viry-Châtillon ;
  • L’abbé Bévillard, SMMD, nous expliquera comment il conçoit et encourage la persévérance des néophytes à Draguignan.

Ensuite nous donnerons la parole à trois néophytes : Anna, Floria et Axel.

Exposé de l'abbé Iborra — prêtre du diocèse de Paris, vicaire de la paroisse Saint Roch

1 – Le phénomène des baptêmes d’adultes dans l’Église de France aujourd’hui

C’est devenu récemment un « marronnier » pour les rédactions de médias, non seulement catholiques mais aussi profanes : télévision, radio, presse parlent maintenant chaque printemps des nouveaux baptisés, les fameux « catéchumènes ». Le terme, qui vient du grec, signifie « ceux qui reçoivent un enseignement de vive voix ». Une fois baptisés, ils deviennent, pour un temps, « néophytes », là aussi du grec « nouvelles pousses ».

La croissance rapide du nombre des baptisés adultes touche plus la France que les autres pays européens. Reprenons les chiffres : 2 900 en 2010, 3 900 en 2015, environ 4 000 de 2016 à 2022, puis 5 463 en 2023, 7 135 en 2024, 10 384 en 2025, et on s’attend à 12 000/15 000 pour 2026. Le démarrage se fait donc en 2023, au lendemain des confinements, même s’il est difficile d’affirmer un lien de causalité entre ceux-ci et l’augmentation des catéchumènes.

Le phénomène interpelle, notamment les autorités ecclésiastiques qui reconnaissent qu’elles n’en sont pas, apparemment, à l’origine. Une interrogation qui dans la province ecclésiastique de Paris aura abouti à la convocation d’un concile provincial dédié devant se tenir du printemps 2026 à l’automne 2027. Dans la lettre qui accompagne sa convocation Mgr Ulrich écrit ceci : « Dans le monde matérialisé et consumériste, tant et tant de personnes ont le sentiment d’un vide spirituel - je cite textuellement de nombreuses lettres reçues - d’une vie presque sans goût. Et voilà qu’elles font des expériences que l’on doit qualifier de spirituelles : la force d’une présence, la douceur d’un amour qui les attire et désormais remplit leur vie. Cela nous interroge et nous demande de nous y arrêter ».

Il faut bien sûr replacer le phénomène dans son contexte : il apparaît comme un rattrapage partiel. Il y a en effet une baisse tendancielle des baptêmes à la naissance ou dans l’enfance. Leur proportion est passée de 90 % en 1960 à 30 % en 2020. On peut identifier les causes : la sécularisation et l’immigration extra-européenne, notamment asiatique et africaine, avec une forte proportion de musulmans.

Il y avait en France 420 000 baptêmes d’enfants en 2000, 300 000 en 2010, 225 000 en 2019 (avant le covid), et à peu près 190 000 depuis, l’année 2020 n’en ayant compté que 98 000. Parallèlement le nombre des adultes baptisés passait de moins de 3 000 en 2010 (donc pour 300 000 enfants baptisés) à plus de 10 000 en 2025 (pour environ 180 000 enfants baptisés). Je ne tiens pas compte dans ces chiffres des adolescents qui demandent le baptême, entre 12 et 18 ans, et dont le nombre suit une progression semblable à celle du nombre des plus de 18 ans.

Un autre élément qui relativise l’augmentation du nombre des baptêmes d’adultes est bien évidemment celui de la persévérance dans l’Église. Il n’existe pas de statistiques sur ce point mais notre époque étant marquée par la domination du subjectivisme (et de la versatilité qui l’accompagne), il est possible que certains quittent l’Église comme ils y sont venus, en fonction de leurs sentiments du moment. D’où l’importance de l’accompagnement avant et de l’enracinement ensuite dans les communautés locales. Il y a cependant de bonnes raisons d’espérer que la déperdition d’adultes soit moindre que celle des baptisés à la naissance : sur les 50 à 60 % de baptisés catholiques de 2025, il n’y a que 5 à 8 % de pratiquants hebdomadaires (2 à 4 % de la population totale) soit une déperdition de 95 % !

2 – Le phénomène parisien

Dans le diocèse de Paris, les chiffres stagnaient autour de 350/400 de 2010 à 2023. On assiste alors à une soudaine augmentation : 542 en 2024, 671 en 2025, 788 en 2026. Si l’on affine ces statistiques on s’aperçoit que les moins de 25 ans doublent sur la période, passant de 15 à 30 % ; parallèlement la proportion d’hommes croît, passant de 35 à 45 % ; et enfin la proportion d’adultes baptisés de famille de tradition chrétienne passe de 60 à 70 %. En résumé, il y a simultanément plus de jeunes, plus de garçons et plus de gens issus de familles anciennement chrétiennes.

À Saint Roch, paroisse « biritualiste » (avec 2/3 de vetus ordo et 1/3 de novus ordo), nous avons accueilli depuis l’année liturgique 2019/2020, la communauté « tradie » de Saint-Germain l’Auxerrois. En six ans, son nombre est passé de 120 à 1000 fidèles environ. Quant aux catéchumènes, ils étaient 10 en 2021, 12 en 2022, 22 en 2023, 55 en 2024, 41 en 2025 et 53 en 2026. La proportion de moins de 25 ans atteint, selon les années, de 30 à 60 % (15 à 30 % pour le diocèse), celle des hommes sur le total représente 55 à 70 % (45 % environ pour le diocèse), celle des personnes issues de familles de tradition chrétienne 60 à 90 % (70 % pour le diocèse).

La proportion de ceux qui demandent le baptême dans la forme traditionnelle oscille entre les deux tiers et les trois quarts, atteignant même plus de 90 % en 2023 et 2024. D’une manière générale ceux qui demandent la forme traditionnelle sont plus jeunes, plus masculins. Cela signifie que le phénomène latin amplifie l’évolution du phénomène général : nos catéchumènes sont plus jeunes, plus masculins, moins souvent d’origine étrangère.

Ces proportions sont anciennes. Dès les années 2010 (j’étais alors vicaire à Saint-Eugène les années 2010-2020), les baptêmes dans la forme traditionnelle devaient représenter 12 à 15 % des baptêmes pour Paris, aujourd’hui, eu égard au démarrage diocésain de 2024, autour de 8 à 10 %.

3 – Quelques éléments d’analyse

Le christianisme, catholique, continue d’attirer. Et cela malgré les scandales qui l’éclaboussent et qui sont complaisamment exposés dans les médias. Les lettres des catéchumènes montrent qu’ils y sont peu sensibles. Ils sont avant tout conduits à l’Église, par une expérience intérieure, synthèse souvent d’un long cheminement, parfois initié avec l’un ou l’autre grand-parent, ayant connu des phases de cristallisation, à l’occasion d’un événement heureux ou douloureux (deuil, maladie), de rencontres (rôle des amis et des camarades d’études).

Le catholicisme attire des gens (et surtout des jeunes) de cultures différentes : juifs, musulmans, bouddhistes. Ils peuvent le voir de près grâce à des amis, aux médias. Souvent ces jeunes de culture non chrétienne ont un ascendant (parent ou grand-parent) chrétien, même non pratiquant. Cela relativise leur attachement à leur culture non chrétienne.

J’ajoute que la courbe des confirmations d’adultes connaît aussi une forte progression. Il y en a 40 en 2026 à Saint Roch, pour la plupart des recommençants. On note également un nombre non négligeable, chaque année, d’entrées dans l’Église catholique de personnes venues du protestantisme historique ou évangélique (environ 5 %).

Le catholicisme attire aussi des gens issus de milieux athées ou agnostiques. La prétendue liberté vis-à-vis de la religion n’a certainement pas comblé leurs aspirations au vrai, au bon et au beau.

Le catholicisme attire donc aussi des jeunes de tradition chrétienne, français ou étrangers (candidats britanniques ou américains par exemple). C’est un marqueur d’identité. Il faut certainement ici évoquer le rôle-miroir des musulmans que nos jeunes fréquentent quotidiennement dans leur travail ou dans leurs études. Chez les musulmans la case religion est toujours cochée, bien ou mal, mais elle est cochée et elle s’exprime par des pratiques visibles : alimentaires, vestimentaires, etc. Les jeunes occidentaux s’aperçoivent alors qu’il leur manque quelque chose dans leur identité d’hommes (ou de femmes). Il est certain que l’afflux de jeunes aux messes des cendres, commencement du jeûne du carême, a quelque chose à voir avec le jeûne musulman du mois de ramadan.

Plusieurs jeunes occidentaux ont parfois le sentiment de devenir quelque peu étrangers en leur pays, et parfois en leurs études (études d’art, de littérature ou d’architecture), à cause de leur ignorance religieuse. Pour beaucoup leur identité apparaît incomplète sans la dimension religieuse, qui a aussi une dimension communautaire. Leur ignorance religieuse les amène parfois à des déséquilibres dans l’identification de ce qu’il y a de central dans le christianisme. Ils y entrent par la petite porte, c’est-à-dire par ce qu’il y a de visible : édifices, images, dévotions populaires (cierges, etc.), mais aussi rassemblements comme les pèlerinages. Il ne faut donc pas mépriser tout cet « attirail » visible comme on a pu le faire à une époque : c’est une voie d’accès, ouverte à un approfondissement ultérieur. Dès lors, ce qui peut être qualifié initialement de besoin d’identité peut aboutir à une authentique démarche spirituelle, autorisant l’entrée sacramentelle dans l’Église.

Le catholicisme attire des jeunes, ceux de la « génération Z » en particulier. Souvent à travers un grand-parent, car les parents sont déjà déchristianisés, souvent non baptisés. Ou plus souvent encore à travers amis et camarades d’études : c’est une génération où le discours sur la religion est plus décomplexé qu’autrefois (est-ce lié à l’affirmation religieuse des musulmans ?).

Ces jeunes, laissés souvent à eux-mêmes (70 à 80 % de nos candidats sont issus de familles éclatées), recherchent des repères (croyances, morale, groupes d’affiliation, etc.) pour construire leur vie dans une « société liquide » : la religion leur en fournit, et la forme traditionnelle plus visiblement. Il y a une véritable quête de sens, autant pour la vie présente que pour la vie future.

Pour beaucoup le cheminement vers l’Église a été longtemps solitaire, même s’ils ont senti en eux une « présence ». Comme je le disais plus haut, il y a des événements qui « précipitent » (au sens presque chimique) la recherche : deuils, maladies, échecs, mais aussi joies, études, rencontres amicales. On peut découvrir alors que l’on n’est pas seul sur ce chemin. À cet égard le monde virtuel assume une fonction pédagogique. C’est sur internet qu’on découvre des influenceurs chrétiens, des sites d’apologétique, des cours de catéchisme en ligne.

Pour celui qui a découvert la liturgie traditionnelle sur la toile, il ne reste plus qu’à trouver l’église où elle se célèbre et où l’on trouvera des jeunes qui partagent cet idéal. C’est ce qui explique que Saint-Roch et Saint-Eugène attirent beaucoup de candidats venus d’au-delà du périphérique par exemple.

4 – Réflexions conclusives : le rôle de la « Tradition »

Comme je le disais plus haut, la part des « tradis » dans les baptêmes d’adultes, à Paris, n’est pas négligeable : 15 % environ en 2024, un peu moins, entre 8 et 10 %, depuis que le chiffre a explosé. Une proportion bien supérieure en tout cas à celle du nombre de messalisants tradis qui, hors FSSPX, évolue entre 2 et 2,5 % dans le diocèse, soit 2 000 à 2 500 sur 100 000 pratiquants dominicaux à Paris (ceux-ci étaient 120 000 vers 2010).

Les lettres envoyées à l’archevêque font même état du « choc » opéré par la liturgie traditionnelle, car plusieurs candidats avaient été déçus par la liturgie ordinaire, et aussi par la formation, à leur goût pas suffisamment solide sur le plan doctrinal. On peut dire que la forme traditionnelle est « appelante ».

Elle l’est par sa liturgie, qui rompt avec la banalité du quotidien et de son verbiage. La beauté des gestes liturgiques, des ornements, de la musique élève l’âme et fait entrevoir le sacré. La musique, grégorien et polyphonie, n’altère pas le silence que tous s’attachent à apprécier et qui favorise recueillement et prière. Si elle ne convient pas à tous, la liturgie traditionnelle « scotche » littéralement ceux qui étaient prédisposés à trouver en elle la forme de leur cheminement vers Dieu.

Elle l’est par l’enseignement qu’elle dispense, à travers le rituel déjà : la multiplicité des génuflexions est une confession muette de la présence réelle du Christ dans les espèces consacrées par exemple. Ajoutons la prédication, souvent plus marquante.

Pourquoi la forme traditionnelle donne-t-elle ainsi plus de repères ? Pourquoi attire-t-elle plus de jeunes ? Sans doute parce qu’elle leur offre, à eux qui sont isolés, une communauté de pensée et parfois de vie, plus forte. Parce qu’elle manifeste davantage le sens du sacré, parce qu’elle est plus verticale, qu’elle s’affranchit davantage des codes mondains, elle réalise une homogénéité doctrinale et civilisationnelle plus profonde.

Cela peut étonner un observateur extérieur, mais cette liturgie s’avère capable d’agréger des personnes issues de classes sociales et de culture initiale hétérogènes, mais qui parviennent aisément à communier plus facilement dans une même foi. Cette foi étant celle du Dieu qui se donne à voir, sacramentellement, dans son Église et dans ces rites ancestraux. Et ces rites tranchent clairement avec le monde environnant, perçu, plus facilement par les jeunes convertis que par les anciens chrétiens, comme vide de substance…

Exposé de l'abbé Roseau — prêtre de la FSSP en ministère à Notre-Dame des Cités (Viry-Châtillon)

Avant d’arriver à Notre-Dame des Cités (Viry-Châtillon, dans l’Essonne), j’ai exercé mon ministère à Lyon à l’église Saint-Georges, puis j’ai également participé à l’Œuvre des Retraites de la Fraternité Saint-Pierre à Annecy, et ensuite j’ai passé 11 ans dans la ville de Nantes notamment comme aumônier d’écoles et vicaire de la paroisse Saint Clément.

Mon arrivée dans l’Essonne, en septembre 2020, m’a placé face à un double défi.

Le premier était de fonder un nouvel apostolat pour la Fraternité Saint Pierre. Il y avait à Viry-Châtillon un tout petit groupe de personnes fidèles de la Messe traditionnelle sous l’impulsion originelle de l’abbé Christian-Philippe Channut. Mais cette communauté n’avait plus vraiment de pasteur. Et donc elle était comme une brebis errante, pour ainsi dire quasi confidentielle et isolée tant au niveau du diocèse que des communautés attachées à la forme extraordinaire. C’est la raison pour laquelle Mgr Pansard, évêque d’Évry, a fait appel à la FSSP.

Le deuxième défi était pour moi de quitter le confort que représentent les grosses communautés paroissiales que j’ai connues dans des milieux plutôt favorisés et dynamiques, riches en familles et en activités pastorales. J’ai fait connaissance avec la banlieue parisienne, avec toutes les caractéristiques qu’on lui connaît de nos jours, notamment le côté multiculturel ainsi que multiconfessionnel, et, en ce qui concerne l’Essonne, la quasi inexistence de la Messe traditionnelle, et donc la méconnaissance totale de la plupart des gens à cet égard.

Ce qui m’a frappé en arrivant c’est l’état de quasi désert spirituel de cette région. L’Église est objectivement assez dynamique grâce, en grande partie, à l’implication des fidèles laïcs mais de plus en plus invisibilisée par la population ultra jeune et nombreuse de l’Essonne ainsi que la prégnance de l’islam d’une part et l’athéisme ambiant d’autre part.

Mon arrivée en Essonne a été concomitante avec le deuxième confinement du COVID et, en juillet 2021, le Motu Proprio du Pape François contre la Messe traditionnelle. Je dois dire que ces deux aspects n’ont, finalement, pas été que négatifs quant à l’impact sur le développement de la communauté.

En effet, après cinq ans de présence dans le diocèse, je pense que la communauté a, aujourd’hui, quadruplé avec un noyau fidèle et un grand nombre de personnes qui gravitent autour. La communauté « tridentine » de Viry-Châtillon ressemble à la réalité socio-culturelle de la ville : il y a des personnes de tous milieux et de toutes origines : français de métropole ou d’outre-mer, français originaires du Portugal, d’Afrique, du Cap-Vert, d’Inde, etc. Cette diversité est le signe que la Messe traditionnelle a un véritable potentiel dans les banlieues et dans les zones que l’on pourrait penser moins favorisées.

Les âmes sont les âmes et elles restent assoiffées de beauté, de sacré, de religion, de Tradition. Je précise cependant que cette réalité n’est pas l’apanage de Viry-Châtillon puisque de plus en plus de confrères de la FSSP témoignent connaître l’arrivée de populations issues de milieux populaires ou de l’immigration dans leur église.

Presque immédiatement après mon arrivée, des personnes intéressées par le baptême se sont présentées à moi et depuis j’ai baptisé 10 adultes : 2 en 2022, 5 en 2024, 3 en 2025. En 2026 il y en aura encore 4, et des catéchumènes se préparent déjà pour l’année prochaine et l’année suivante.

Je voudrais dire aussi que, s’il y a des personnes non baptisées qui se présentent, il y a aussi beaucoup de personnes baptisées : des recommençants de tous les âges et de tous les milieux qui arrivent régulièrement. Le problème étant celui de l’accueil et de la persévérance : certains arrivent, restent quelque temps et repartent ensuite sans qu’on sache où ils vont, ni ce qu’ils deviennent.

À propos de l’attraction de la Messe traditionnelle je voudrais vous parler de deux personnes.

En premier lieu, Théo (c’est son prénom dans le livre de Philippe Pelissier), 55 ans, chef d’entreprise, marié, non baptisé. Sa femme très pieuse n’arrivait plus à l’emmener à la messe car il ne supportait plus la batterie ou l’excitation générale de la messe telle qu’on peut la voir en certains endroits. Il pensait bien se faire baptiser mais pas dans ces conditions, et le travail était plus important.

Sa femme, elle-même en pleine réflexion, à cause notamment du COVID, a découvert l’existence de la messe traditionnelle et sur les conseils du curé de Viry-Châtillon elle est venue un jour à Notre-Dame des Cités. Elle fut immédiatement conquise et elle est aujourd’hui devenue une paroissienne très impliquée. Ayant fait cette découverte, elle incita son mari à l’accompagner en lui disant : « Viens voir, j’ai découvert quelque chose qui va te plaire ! » Comme c’est un homme très bon qui aime profondément sa femme, pour lui faire plaisir il accepte de venir sans trop y croire. Un dimanche, il l’accompagne. En entrant dans l’église Notre-Dame des Cités, qui n’est pas l’église la plus belle du monde ni source de contemplation profonde, loin s’en faut, en voyant l’autel préparé pour la messe tridentine il est subjugué, il se sent comme enveloppé de lumière et de pureté (sic !). La Messe fut trop courte pour lui tellement il était admiratif, il n’a pas vu le temps passer et très rapidement après être sorti de l’église il dit à sa femme : « Je veux être baptisé. » Il a été baptisé en 2024.

Je voudrais parler aussi de Simon (son prénom dans le livre), 40 ans, fonctionnaire de police. Pratiquant dans sa paroisse mais de plus en plus mal à l’aise. C’est en faisant le pèlerinage de Chartres qu’il découvre la Tradition mais il n’ose pas faire le pas de venir tous les dimanches à la messe tridentine. La raison la voici : il s’imaginait que les « tradis » étaient un milieu de bourgeois, de nobles mondains, ce qui ne correspond pas à son propre milieu, et par conséquent il se voyait mal venir à la Messe en baskets quand les hommes étaient en costard cravate et les femmes en robe de soirée. Néanmoins l’appel de la liturgie traditionnelle fut le plus fort et il finit par se décider à venir à Notre-Dame des Cités. Tous ses préjugés sont tombés car, comme je l’écris dans le livre de M. Pelissier : « à Viry-Châtillon c’est la Tradition pour tous ! » Et maintenant il vient à la messe en chaussures de ville.

Les exemples de ce type sont nombreux et si je voulais tous les rapporter, il me faudrait des heures.

Il y a une constante de la part de toutes ces personnes, catholiques pratiquants depuis toujours, recommençants, jeunes baptisés, catéchumènes, enfants et adolescents, personnes âgées : toutes ont un grand désir de découvrir la religion, de se former, et ils souhaitent le faire à travers la pédagogie de la Messe traditionnelle.

Cela m’amène au sujet de la formation. On entend parfois circuler dans certains milieux qu’il n’y aurait pas d’enseignement, au sens strict, à donner mais que les catéchumènes devraient simplement être accompagnés dans leur découverte de Jésus, sans qu’il n’y ait d’Église enseignante ni d’Église enseignée. Il n’y aurait que des personnes en chemin, et nous sommes tous là pour cheminer ensemble, il faut que chacun découvre en soi-même ce que la parole de Dieu lui fait ressentir. Donc, dispenser l’enseignement de l’Église devient secondaire, dès lors que l’essentiel serait de cheminer.

Il me semble au contraire qu’il est important de faire connaître à nos néophytes la doctrine de l’Église à travers son catéchisme. Et c’est pourquoi ma boussole est toujours la règle de l’Église qui me paraît très claire, telle qu’elle est exprimée dans le droit canonique :

Can. 865 - § 1. Pour qu’un adulte puisse être baptisé, il faut qu’il ait manifesté la volonté de recevoir le baptême, qu’il soit suffisamment instruit des vérités de la foi et des obligations chrétiennes et qu’il ait été mis à l’épreuve de la vie chrétienne par le catéchuménat ; il sera aussi exhorté à se repentir de ses péchés.

Nous voyons donc ici clairement que les catéchumènes doivent arriver au baptême en ayant été catéchisés. La parole de Dieu est capitale mais il faut aussi que les catéchumènes découvrent ce que l’Église nous enseigne au sujet de la Foi, de la morale, et des sacrements. Il faut aussi leur apprendre ce qu’est la prière, la liturgie, la messe dominicale.

Il faut aussi qu’ils manifestent un véritable désir de se convertir et peut-être même qu’ils changent dans leur vie ce qui est changeable. Et parfois il faut leur dire des choses difficiles. Un jour je me suis excusé auprès d’une néophyte de lui dire la doctrine de l’Église sur le mariage. Mais, à ma bonne surprise, elle m’a remercié en me disant : « Non ! ce que je veux c’est qu’on me dise la vérité ! Et c’est pour cela que je suis venue vous voir. »

À propos du repentir des péchés, certains manifestent le désir de se confesser avant le baptême. À la réflexion, cela me paraît tout à fait réalisable et je comprends qu’ils puissent ressentir le besoin d’exprimer le regret de leurs péchés devant Dieu à travers le prêtre. Bien sûr ils ne pourront pas recevoir l’absolution car ils recevront le pardon au moment du baptême. Mais on sait combien le péché pèse parfois sur le cœur. Le fait de le formuler oralement, devant le prêtre, est pour eux source de paix intérieure. C’est l’expression d’une certaine honnêteté spirituelle qui ne veut pas s’en tirer à bon compte en considérant que c’est bien pratique de savoir que le baptême va tout pardonner. C’est aussi le moyen concret de déposer leur fardeau, parfois très lourd, devant Dieu.

Au niveau de la formation des catéchumènes je pense qu’il faut être pragmatique et ne pas les mettre tous dans la même case. Certains sont prêts très vite, quand d’autres ont besoin de plus de temps. Attention à ne pas les décourager. Si c’est trop long, au bout d’un moment, ils abandonnent. Et dans l’autre sens si ça va trop vite certains prennent peur et abandonnent aussi.

Je considère également que nous ne pouvons pas leur demander d’être saints avant d’avoir commencé, nous ne pouvons pas leur imposer un fardeau que nous ne sommes pas capables de porter nous-mêmes. Il faut prendre en compte la réalité de familles bien souvent non pratiquantes, parfois hostiles. Nous devons nous rendre compte qu’ils sont isolés et qu’ils ont besoin d’être accompagnés, soutenus au sein de la paroisse qu’ils découvrent. Tout cela n’est pas toujours évident car en Essonne les distances sont énormes et garder le contact avec eux pendant et après le catéchuménat peut être difficile.

Pour terminer je voudrais m’appuyer sur l’abbé Henry Vallançon, prêtre du diocèse de Coutances, qui a donné un très bon entretien dans l’hebdomadaire France Catholique, le 14 novembre 2025, à propos de l’accompagnement et de la formation des catéchumènes. Voici les idées principales énoncées par ce prêtre que je trouve très justes :

  1. La pédagogie des temps forts basée sur des moments émotionnellement intenses prépare les catéchumènes à une grande désillusion après le baptême.
  2. Il faut donc orienter la préparation en appuyant sur le fait que le baptême n’est pas une fin en soi mais la porte vers la vie éternelle, et donc nécessité de se convertir et de vivre en état de grâce.
  3. La formation doctrinale est très importante car elle permet d’aider les convertis à s’ancrer plus profondément dans le Christ. Il faut donc nourrir les intelligences par un enseignement solide sur le contenu de la doctrine et de la morale sans oublier la vie de prière.
  4. En lien avec le premier point, il faut aussi les avertir qu’il ne faut pas tout miser sur l’expérience sensible car la vie spirituelle passe forcément par des états de sécheresse. Il faut préparer les convertis à traverser cet état comme étant normal et un moyen privilégié pour exercer la fidélité envers Dieu.

En conclusion, je voudrais simplement reprendre ce que je viens de dire.

Tout d’abord, mon expérience à Viry-Châtillon montre que la liturgie tridentine ne touche pas qu’un petit milieu bien choisi de fidèles « mondains ». Elle s’adresse à tous et je crois profondément à son aspect universel et missionnaire.

Ensuite, je voudrais dire que la formation des catéchumènes est aussi belle qu’importante. Elle est exigeante et suppose de la part de ceux qui les « accompagnent » d’être disponibles et surtout d’être bien formés à la fois spirituellement et doctrinalement. Bien sûr le principal travail se fait dans les âmes par le Saint-Esprit mais il ne faut pas sous-estimer le rôle des formateurs.

Enfin, ayons toujours à l’esprit qu’une conversion est le fruit d’un long travail de maturation de la grâce en vue de la vie éternelle. Tout pour la gloire de Dieu !

Exposé de l'abbé Bévillard — prêtre de la société des missionnaires de la miséricorde divine, vicaire de la paroisse de Draguignan, chapelain de Saint François de Paule (où se célèbre la liturgie traditionnelle) et chargé du catéchuménat des adultes (pour les deux formes liturgiques) depuis 2014

Le diocèse de Fréjus-Toulon (qui correspond au département du Var) est également concerné par la hausse du nombre des baptêmes d’adultes : 240 en 2026 soit un doublement par rapport à 2025 ! À Draguignan, nous prévoyons 10 baptêmes pour la vigile de Pâques 2026 - dont 4 dans la forme tridentine. Mais évidemment, il serait fallacieux de nous borner à nous réjouir de ces statistiques sans nous préoccuper du devenir de ces néophytes. Que deviennent-ils après le baptême ? Quel est leur degré de persévérance ?

Nos premiers retours évoquent trois à cinq ans après le baptême un taux d’abandon de la pratique dominicale de l’ordre de 30 à 50 %. Cela n’est sans doute pas tout à fait étonnant car après la joie du baptême et l’ardeur du catéchuménat s’ouvre une période plus banale qui peut déboucher sur une forme d’assèchement spirituel dont nous devons être conscients. Et puis nos paroissiens sont des hommes du XXIè siècle, qui peuvent être touchés par la psychologie du « zapping » qui conduit à changer ses engagements un peu trop aisément.

Il nous faut donc réfléchir à ce sujet - et ce d’autant plus que la vague des baptêmes d’adultes ne devrait pas se réduire mais très probablement continuer dans les années à venir. Il faut donc nous préparer à absorber cette vague sous peine d’être submergés !

Cherchons donc les meilleurs moyens d’enraciner ces néophytes dans l’Église pour les accompagner - et non pas seulement pour les conserver dans nos rangs comme une organisation profane voudrait garder des adhérents, mais surtout parce que le baptême n’est pas un but en soi. Loin d’être un point d’arrivée, c’est le coup d’envoi de la vie chrétienne - une première étape, certes décisive, mais qui est encore très loin de la ligne d’arrivée - laquelle est, redisons-le, la vie éternelle.

Quand nous regardons les néophytes, nous devons bien voir en eux des frères qui ont encore beaucoup à apprendre et doivent grandir dans la Foi - je dirais qu’ils doivent prendre de l’épaisseur, de la profondeur sur le plan spirituel afin de pouvoir accomplir avec les fidèles plus anciens leur mission de chrétien, notamment la mission d’évangélisation - nous devons chercher à les transformer en « disciples missionnaires » !

Mon expérience me montre que les prêtres - de moins en moins nombreux - ne peuvent pas tout faire mais doivent pouvoir compter sur l’appui et l’engagement des laïcs.

Sur ces quelques principes tirés de l’expérience dracénoise, je vous propose quelques éléments de réflexion.

En premier lieu, lisons la Sainte Écriture

Je vous invite à méditer le chapitre XIII de l’Exode et notamment ces deux versets (17 et 18) : « Quand Pharaon laissa partir le peuple, Dieu ne leur fit pas prendre la route du pays des Philistins, bien qu’elle fût la plus directe. Dieu s’était dit : « Il ne faudrait pas qu’à la perspective des combats, le peuple revienne sur sa décision et retourne en Égypte. » Dieu fit donc faire au peuple un détour par le désert de la mer des Roseaux. C’est, rangés comme une armée, que les fils d’Israël étaient montés du pays d’Égypte. »

La Tradition a toujours vu dans la traversée de la mer Rouge par les Hébreux une préfiguration du baptême, du fait de la présence du symbole de l’eau. Eh bien ! Après la traversée de la mer Rouge (leur baptême), Dieu ne mène pas directement les néophytes en Terre Promise. Vient pour eux un temps d’épreuve, une période de sécheresse que je mettrais volontiers en relation avec le retour à la vie banale que peuvent subir les récents baptisés.

Il est de notre devoir de les préparer à affronter cette vie chrétienne laborieuse. Et Dieu nous demande de les aider à se ranger « comme une armée en bataille » c’est-à-dire à entrer dans le combat spirituel !

Rappelons-nous qu’au début de l’Église, lorsque les baptêmes d’adultes étaient la pratique la plus fréquente, une formation « mystagogique » complétait la catéchèse pré-baptismale.

En second lieu, examinons nos atouts

Je pense que nous avons une exceptionnelle carte à jouer particulièrement dans les paroisses qui vivent de la liturgie tridentine. Pour trois raisons principales :

La première, me semble-t-il, est que la plupart des fidèles de la liturgie tridentine ont bénéficié d’une formation de bonne qualité sur les plans spirituel et intellectuel grâce à l’efficacité des pédagogies traditionnelles de la foi. Je pense en particulier à un catéchisme systématique, solide, notamment sur le plan dogmatique et appris par cœur. Ces laïcs « tradi » sont en mesure de répondre à bien des questions que leur posent les néophytes. Ils peuvent donc appuyer les prêtres avec sérieux. Ce n’est d’ailleurs là que l’application des enseignements conciliaires sur l’apostolat des laïcs !

La deuxième est notre liturgie traditionnelle qui me paraît fortement structurante. Dans notre communauté, nos séminaristes sont formés intellectuellement bien sûr mais plus sûrement encore par le rythme liturgique. C’est central : offices, sacrements… C’est aussi valable pour les néophytes. Cela offre un cadre à la vie du fidèle avec les temps forts comme le Carême et Pâques, l’Avent et Noël, les processions, les adorations, les pèlerinages. Les communautés attachées à la liturgie ancienne n’ont pas connu de rupture dans les dévotions populaires et ont même tenu dans les crises liturgiques grâce à cela. Il y a là autant d’occasions de nous éloigner du quotidien profane et de nous tourner vers la Transcendance. La messe ancienne est donc un outil structurant.

La troisième est certainement la vie familiale solide de nos fidèles anciens. Souvent les néophytes ont connu des expériences douloureuses dans des familles éclatées. Ils peuvent trouver dans nos paroisses des exemples plus rassurants. Les familles de nos paroisses, sans être parfaites bien sûr, vivent un modèle qui peut inspirer et aider les néophytes à se stabiliser : confession fréquente, direction spirituelle, prière en famille, bénédicités, régularité à la messe dominicale, cohérence de la foi et de la vie quotidienne, fierté d’appartenance ecclésiale. Tout cela ne s’acquiert qu’avec le temps et l’expérience et nos familles peuvent transmettre cela à des jeunes fraîchement arrivés dans la foi.

En troisième lieu, que faire concrètement ?

Fort de ces constats, nous essayons de mettre nos fidèles « anciens » à contribution. Un néophyte ne doit pas borner ses fréquentations au seul prêtre qui l’a baptisé. J’estime à 5 le nombre de laïcs qu’il doit connaître pour pouvoir ressentir l’appartenance à une communauté chaleureuse. Pour notre part, nous avons suivi l’exemple de l’archevêque de Lyon, Mgr de Germay, qui a préconisé la constitution de « fraternités » d’une douzaine de personnes d’origines différentes avec un tiers de fidèles enracinés dans la paroisse, un tiers de néophytes et un dernier tiers de catéchumènes. Ainsi peuvent se créer des liens chaleureux en dehors de l’église mais au sein de l’Église. Les catholiques de longue date apportent leur stabilité et persévérance, les néophytes et catéchumènes apportent leur fraîcheur et leur enthousiasme. Ces fraternités se réunissent une fois par mois avec des activités tournantes : messe, adoration, lectio divina, enseignement, action caritative ou d’évangélisation. À chaque fois un temps convivial est prévu. Elles s’organisent aussi pour faire des activités hors cadre (apéritifs, pélés…). Dans toutes nos paroisses les fraternités se sont rapidement développées avec enthousiasme.

Ensuite il est capital de proposer au néophyte de poursuivre sa formation : par exemple dans le cadre d’un catéchisme de persévérance pour adultes en veillant non seulement à compléter ses connaissances théologiques ou philosophiques mais aussi en approfondissant leur compréhension de la liturgie, des prières en latin et en grégorien.

Mais cela peut s’apprendre autrement que dans les livres et je propose tout simplement d’inviter le néophyte à servir la messe. Le service de l’autel n’est pas réservé aux enfants ! Il peut aussi rejoindre la schola qui a toujours besoin de volontaires…

Pour retrouver l’enthousiasme des grands moments du catéchuménat et du baptême, nous participons régulièrement à des pèlerinages qui sont autant de temps forts. Je pense à Chartres et à Nostro Fe ou plus discrètement à Cotignac. À Draguignan, vieille terre provençale, nous avons reconstitué une confrérie de pénitents qui propose des manifestations de piété visible et populaire comme les processions. Nous proposons aussi des prières nocturnes que nous appelons Jéricho pour faire tomber les murs invisibles de nos cités et de nos quartiers.

N’oublions pas que nous serons d’abord jugés sur la Charité. Elle est au cœur, depuis toujours, de l’action de notre Église. Les paroisses sont actives sur ce plan également - je pense par exemple aux maraudes en direction des SDF. Proposons aux nouveaux de les rejoindre. Ils feront œuvre utile et découvriront leurs camarades de paroisse dans un autre cadre.

La recherche de la convivialité doit être assumée. Si les offices sont des temps de recueillement et ne doivent pas laisser place au laisser-aller, il est juste et positif d’organiser des temps d’échanges autour d’un verre ou d’un repas. Que ce soit à la sortie de la messe ou à un autre moment. Des liens naturels doivent se créer entre les fidèles, auprès desquels les néophytes doivent être les bienvenus.

C’est aussi l’occasion de rompre l’entre-soi confortable de certaines de nos communautés.

Au terme de cet exposé je voudrais vous dire ce par quoi il nous faudrait peut-être commencer : les néophytes sont une chance pour l’Église. Bien sûr nos fidèles sont solides dans leur foi, bien formés, équilibrés dans leur vie personnelle. Mais ils peuvent néanmoins rencontrer aussi des difficultés qui les attiédissent et parfois peuvent perdre de vue le caractère proprement extraordinaire du message évangélique. Accueillir des convertis ou des recommençants c’est aussi enrichir la communauté et s’enrichir soi-même grâce aux contacts de personnes enthousiastes dont on peut dire que le zèle ravive la flamme des « habitués ».

Exposé d'Anna — étudiante en droit à la Sorbonne (21 ans), paroissienne de Saint Roch (Paris)

Je viens d’une famille arménienne, donc traditionnellement apostolique orthodoxe. J’ai toujours été orientée vers la foi orthodoxe, mais je n’ai pourtant jamais été baptisée. Je ne sais pas vraiment pourquoi, car ma famille respecte énormément le christianisme. L’Arménie étant le premier pays chrétien au monde, on sait que l’on est chrétien et que l’on doit le rester.

Finalement, cela a peut-être été un bien pour moi, car cela m’a permis de vivre un véritable cheminement personnel. J’ai commencé à prier vers l’âge de 11 ans, de moi-même. Je ne savais pas toujours comment faire, je ne faisais pas tout « comme il fallait », je n’allais pas forcément à l’église le dimanche, mais je priais sincèrement. Je demandais simplement à Dieu d’être à mes côtés.

Vers l’âge de 16 ans, j’ai commencé à aborder plus fréquemment le sujet de la religion. Certains de mes amis, issus de familles catholiques mais peu pratiquants, souhaitaient renouer avec la foi et se sont tournés vers moi. Animée par le désir de leur faire découvrir ce chemin vers Dieu que j’avais moi-même emprunté, je me suis efforcée de les guider et de les informer. Mon engagement était tel qu’aux yeux de mon entourage, cette vocation semblait déjà évidente. En voulant les aider, en me renseignant davantage sur le christianisme et le catholicisme pour leur transmettre des informations, je me suis aidée moi-même.

Un jour, je suis entrée à l’église Saint-Roch après avoir vu qu’une conférence y était organisée. Il y avait une messe en cours. Je suis entrée, presque par hasard… et j’ai eu comme un coup de foudre. C’était magnifique. J’ai ressenti quelque chose de très fort.

J’ai publié une photo de la paroisse, que je trouvais très belle, et j’ai découvert qu’une connaissance s’était inscrite au catéchisme. Elle m’a invitée à le faire à mon tour. Moi qui n’avais jamais été baptisée et qui souhaitais profondément l’être, je me suis inscrite… sans en parler à ma famille. Je ne voulais pas créer de débats, ni être découragée.

J’ai commencé le catéchisme en deuxième année de droit. C’était assez intense. Mais je me disais : « Que la volonté de Dieu soit faite. » Je venais régulièrement et j’enregistrais même les séances pour une amie inscrite qui ne pouvait pas être présente, puis je les partageais avec d’autres. Suivre le catéchisme en pleine étude de droit n’était pas toujours simple, mais j’avais un but : le baptême. Je voulais enfin pouvoir dire que j’étais chrétienne.

J’avais énormément de doutes. Jusqu’au dernier moment, j’avais peur. Comme une petite voix qui me disait d’annuler. Mais je n’ai jamais abandonné. J’étais déterminée.

Je rappelle d’ailleurs être venue, le jour de l’appel décisif, en discuter avec le curé. En effet, j’envisageais de tout annuler, non pas parce que je ne croyais pas, mais parce que la peur prenait énormément le dessus sur moi.

Finalement, j’ai fait l’appel décisif, un moment incroyable que j’ai vécu intensément, et que j’ai eu la chance de revivre l’année suivante en étant marraine.

J’ai prévenu la majorité de ma famille seulement la veille du baptême. J’avais très peur de leur réaction. Je me voyais déjà tout annuler au dernier moment. Pourtant, à ma grande surprise, tout le monde est venu. Ils étaient un peu surpris, mais ils ont assisté au baptême. Ma mère vient même parfois à la messe avec moi aujourd’hui et elle apprécie beaucoup Saint-Roch.

Ensuite, il y a eu le baptême. Un moment incroyable, certes stressant au début ; j’avais envoyé énormément de messages à la personne qui s’occupait de l’organisation la veille, et je suis même venue en courant, angoissée à l’idée de commencer. Je voulais absolument tout savoir pour être prête.

Le baptême a été un moment fort, d’une durée d’environ cinq heures, un moment inoubliable qui restera gravé dans ma mémoire.

Ma mère a d’ailleurs affirmé avoir vu une lumière sur moi ce jour-là. Elle ne pleurait pas, mais elle m’a confié ne jamais avoir été aussi apaisée de toute sa vie. C’était comme si une bénédiction s’était abattue sur notre domicile.

C’est la plus belle chose qui me soit arrivée, et je n’aurai jamais aucun regret.

Mes amis, eux, n’avaient aucun doute sur ma foi. Ils étaient même surpris que je me fasse baptiser si tard, ils pensaient que je l’étais déjà depuis longtemps.

Si vous avez peur de la réaction de vos parents ou de votre entourage, dites-vous que c’est avant tout un chemin spirituel personnel. Un jour, en grandissant, vous pourriez regretter de ne pas avoir fait certaines choses à cause du regard des autres. Le baptême est un moment unique, on devient pleinement chrétien.

Le catéchisme est une étape fondamentale. Il permet de réfléchir, d’avancer, d’être entouré de personnes qui ont elles aussi des doutes, des peurs, des questionnements. Quand on est croyant, il est essentiel d’être entouré d’autres croyants. Cela aide à grandir dans la foi.

Je trouve également que les conférences et les initiatives de l’église, notamment celles organisées à Saint-Roch le mardi soir, sont très importantes.

Par ailleurs, je souhaite mettre en lumière les différents pèlerinages organisés par la paroisse, ainsi que ceux réalisés de manière indépendante, comme le fameux pèlerinage de Chartres, pour lequel la paroisse dispose d’un chapitre.

Exposé de Floria — juriste de Boulogne-Billancourt (32 ans) et paroissienne de Notre-Dame des Cités (Viry-Châtillon)

À titre introductif, je crois nécessaire de mettre en avant une affirmation fondamentale : oui, disons-le haut et fort, la tradition EST VIVANTE et bien vivante ! Elle n’est absolument pas un objet de conservation muséale mais bien une forme vivante de la lex orandi dont la finalité est de permettre le salut des âmes.

Il me semble faux de considérer qu’un néophyte (ou un recommençant) ferait le choix d’abord d’une « sensibilité liturgique » - alors qu’en fait, il effectue le choix fondamental d’entrer dans la Foi catholique : il entre (ou il rentre) à la maison. Nous devons regarder ce rite comme un moyen puissant de sanctification, et surtout pas comme un marqueur identitaire. Ce serait une erreur de donner l’impression que l’adhésion à ce rite précède l’adhésion au Christ.

Quels conseils puis-je donner pour ma part, au vu de ma propre expérience ?

L’essentiel tiendrait en cette phrase : accueillir sans présupposés.

Beaucoup de nouveaux venus dans la liturgie traditionnelle arrivent blessés par des expériences liturgiques confuses et donc décevantes. Ce n’est pas condamner la réforme de Paul VI que de reconnaître qu’elle donne parfois lieu à des libérations confuses (parfois très éloignées des prescriptions du missel d’ailleurs).

Bien des catéchumènes, au-delà de la seule liturgie, sont en recherche de réponses de fond et aspirent à les recevoir dans un cadre doctrinal stable.

Sur la forme, bien des gens sont attirés par la sacralité et en particulier par le silence.

Il faut comprendre que certains puissent aussi être animés par un esprit polémique et/ou identitaire. On peut en effet parfois être étonné voire scandalisé par le fait que ce trésor qu’est la messe traditionnelle a été brutalement enlevé à nos grands-parents, à leurs arrière-grands-parents… Nombreux sont ceux qui appliquent à l’Église cette idée fréquente aujourd’hui « c’était mieux avant » !

Je vous propose de réfléchir aux motivations des nouveaux entrants. Certains ont immédiatement soif de Dieu et effectuent une conversion profonde dans un cadre doctrinal clair et cohérent.

Pour d’autres, la démarche est peut-être indirecte et passe par l’étape de la curiosité culturelle et de l’attachement identitaire. Ce n’est pas forcément mauvais s’ils dépassent cette étape.

Nous ne devons pas oublier que le catéchisme proposé dans certaines paroisses « ordinaires » peut être très léger sur le plan spirituel et théologique. J’ai trouvé quelques exemples que j’ose qualifier d’infantilisants.

De ces considérations générales, je retire quelques principes d’action.

Nous pouvons aisément identifier les piliers de notre Foi : le Credo, les sept sacrements, la morale, la prière. Le tout est clairement expliqué dans le catéchisme de l’Église catholique (1992).

Puis-je exprimer un vœu un peu audacieux ? Les fidèles, surtout les nouveaux, attendent un enseignement non seulement bienveillant mais aussi positif. Il est inutile de polémiquer constamment contre telle ou telle déviation regrettable.

De ce point de vue, j’ai été très mal à l’aise lors de conversations qui étaient en réalité des « guerres de clochers » alors que le plus important doit être de conserver l’unité de l’Église ! La prédication doit être doctrinale, structurée, surnaturelle, mais aussi positive. Attention à ne pas tomber dans l’autoflagellation : le risque est celui du discours de certains sédévacantistes qui font fuir. Il faut mettre en garde contre ces risques de dérives.

Quelques observations concernant les laïcs maintenant. Pendant longtemps, la forme extraordinaire est restée cantonnée dans un cercle restreint qui, comme souvent dans ce cas, est composé d’initiés qui se comprennent à demi-mot.

Alors non ! Évitons le langage codé, les références liturgiques complexes, les allusions à des querelles historiques dont le sens et la portée sont difficiles à percevoir pour le nouveau venu.

La sociologie des communautés traditionnelles peut facilement devenir endogène : réseaux familiaux, codes vestimentaires, habitudes sociales implicites. Un nouveau venu doit sentir qu’il peut appartenir sans maîtriser ces codes.

Je le dis avec conviction : nous devons témoigner par la paix. La marque d’une communauté enracinée n’est pas la tension permanente, mais la stabilité intérieure.

Je complète par quelques suggestions concrètes.

Beaucoup de recommençants ont reçu une formation trop légère. Il est impératif de proposer un cycle annuel de catéchisme adulte, complété par une explication détaillée de la messe, avec un livret pour suivre la messe en rite ancien par exemple.

Il ne faut pas hésiter à approfondir des points difficiles comme la grâce, le péché, les fins dernières, sujets essentiels dont il me semble qu’on parle peu dans les paroisses ordinaires.

Le rite traditionnel impressionne. Il peut aussi intimider. Il faut expliquer : le silence, l’orientation (non, le prêtre ne tourne pas le dos aux fidèles : il regarde dans la même direction qu’eux : vers le Seigneur), le latin, les gestes du prêtre, la place du chant grégorien.

Une messe expliquée (hors célébration) est extrêmement féconde (cf. mon expérience sur le pélé).

La conversion réelle ne se fait pas par immersion sociologique mais par direction spirituelle. Je crois important en particulier d’encourager : confession régulière, accompagnement stable, lecture spirituelle classique.

Message important : il faut enseigner intégralement, patiemment et personnellement. Ce qui attire durablement, ce n’est pas seulement la beauté du rite, mais la cohérence entre doctrine, liturgie et vie spirituelle. Les néophytes et les catéchumènes cherchent : une vérité claire, une liturgie orientée vers Dieu, des prêtres paternels qui les écoutent et les suivent régulièrement, des communautés stables, une ascèse exigeante mais miséricordieuse.

C’est pourquoi je me permets d’inviter le clergé à enseigner l’intégralité de la doctrine sans rien omettre, à former patiemment, à prêcher surnaturellement, et à accompagner personnellement.

Qu’attendre des fidèles ? Je pense qu’on pourrait retenir quelques idées de bon sens : accueillir avec simplicité, sans juger, expliquer sans jargonner, ne pas avoir besoin de se défendre (les nouveaux ne sont pas des envahisseurs : s’ils viennent c’est qu’ils ont fait un pas décisif). Et l’essentiel : témoigner par la charité concrète.

En conclusion, je vous propose de retenir qu’accueillir dans une paroisse traditionnelle, ce n’est pas défendre un style. C’est transmettre une foi intégrale dans un cadre liturgique qui l’exprime pleinement.

La question n’est donc pas : « Comment protéger nos communautés ? » Mais plutôt : « Comment faire de nos communautés des lieux d’une conversion réelle et durable ? »

Exposé d'Axel — professionnel de l'immobilier (25 ans) et paroissien de Saint François de Paule (Draguignan)

Je me suis fait baptiser à Pâques 2024, après deux ans de catéchuménat dans une paroisse tout ce qu’il y a de plus classique : messe en français, rites ordinaires.

Mon parcours de conversion, c’est celui d’un jeune homme issu d’un milieu athée, avec un père de culture chrétienne. Il y a eu une période de ma vie où j’étais en quête de sens. Je me posais beaucoup de questions. J’ai toujours eu une sensibilité aux choses sacrées - comme beaucoup d’athées et d’agnostiques. Mais j’étais particulièrement acerbe vis-à-vis du christianisme, jusqu’à ce que je découvre l’apologétique. Les travaux de Matthieu Lavagna - que j’ai eu l’occasion de rencontrer à Toulon et que je salue -, ceux d’Olivier Bonnassies, ou encore de l’abbé Raffray qui fait un travail remarquable. Ça a été une profonde remise en question de mes positions intellectuelles, de ma manière de voir le monde. Ce qui m’a conduit à assister à ma première messe à 21 ans, et à embrasser le dogme catholique.

Voilà pour le parcours. Ce dont je veux vous parler aujourd’hui, c’est de ce qui s’est passé ensuite, et de ma rencontre avec le rite tridentin.

Premier point : la sacralité de la liturgie ancienne

Quand j’ai découvert la messe tridentine, j’ai eu l’impression de redécouvrir le catholicisme, j’ai eu cette impression qu’on m’avait quelque part caché toute une partie de ce que devait être une messe.

Le latin contribue évidemment grandement à cette sacralité du fait que c’est une langue qui rompt avec le quotidien, qui marque une frontière entre le profane et le sacré. Mais je crois que ce qui m’a le plus frappé en réalité c’est le silence.

Un silence qui invite Dieu dans la liturgie. Et c’est, selon moi, l’une des questions que me pose la messe de Paul VI : comment prier sans le silence ? Comment entrer dans la contemplation quand tout est explication, animation et poignée de main ? Et puis il y a dans la messe traditionnelle cette communion visible dans la prière : tout le monde à genoux, orienté dans le même sens, vers le même Seigneur. Ce n’est pas une assemblée qui se regarde, c’est une assemblée qui prie.

Deuxième point : une liturgie qui répond à des aspirations profondes

Il y a plusieurs manières d’exprimer sa foi. Et la liturgie actuelle, telle que je la perçois, me semble offrir un catholicisme que je qualifierai de doux, voire de sucré, centré sur l’émotion ressentie. Certes, la chaleur humaine, les applaudissements, les témoignages ne sont pas mauvais en eux-mêmes. Mais pour le coup, ce n’est pas tout à fait ce que cherche un jeune homme plein de vigueur !

Et je pense que c’est une des raisons pour lesquelles tant de jeunes hommes sont attirés par le rite tridentin. Pas exclusivement, loin de là, mais tout de même on peut y voir des aspirations qui seraient qualifiées de « genrées » dans le vocabulaire contemporain. Un jeune homme qui cherche à se dépasser, à s’agenouiller devant quelque chose de plus grand que lui, ne trouvera pas ça dans une messe où l’on applaudit à l’offertoire, vous comprenez ce que je veux dire ? Il cherche le dépassement de soi, la grandeur, la transcendance. Et la liturgie ancienne le lui donne.

J’aime cette formule de Victor Hugo : la forme, c’est le fond qui remonte à la surface. La manière dont on prie dit finalement quelque chose de comment on croit.

Troisième point : la communauté et le zèle

Ce qui m’a aussi frappé dans les communautés liées au rite tridentin, c’est la vie paroissiale. On y voit des gens de tous âges. Un accueil bienveillant et sincère. Et surtout : un zèle. Une foi qui brûle. Or c’est exactement ce que cherche quelqu’un qui se convertit. On ne se convertit pas pour tiédir. On se convertit parce qu’on a soif. Et cette soif, on veut la retrouver dans la communauté qui nous accueille.

Conclusion

Tous mes amis auprès de qui j’ai témoigné pendant mon catéchuménat, grâce à Dieu, sont eux aussi en chemin vers le baptême. Et tous, sans que je les aie influencés sur ce point, se sont tournés vers des paroisses de la Fraternité Saint-Pierre (en l’occurrence), donc vers le rite tridentin et partagent les mêmes constats.

Les jeunes demandent cela. Ils veulent du sacré. Ils ne veulent pas le monde dans l’Église, ils veulent l’Église dans le monde.

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