Le 3 mars dernier, l’Union Lex Orandi organisait à Paris une conférence intitulée : « L’attractivité de la liturgie traditionnelle - la preuve par l’exemple des convertis et des recommençants » avec la participation des abbés Iborra, prêtre du diocèse de Paris, vicaire de la paroisse Saint Roch, Roseau (Fraternité sacerdotale Saint-Pierre) en ministère à l’église Notre-Dame des Cités dans l’Essonne et Bévillard (société des missionnaires de la miséricorde divine), chapelain de Saint François de Paule de Draguignan ainsi que de trois néophytes venus expliquer leur démarche.
Cette soirée avait un triple but : témoigner de la vitalité de la liturgie traditionnelle, se préparer à participer au concile provincial de Paris consacré à l’accueil des néophytes et enfin illustrer l’attractivité de cette liturgie dans la perspective du prochain pèlerinage de Notre-Dame de Chrétienté dont le thème sera « Vous serez mes témoins jusqu’aux extrémités de la Terre ».
Ce débat était fondé sur les travaux de Philippe Pelissier : « Ils sont entrés dans l’Eglise par la liturgie latine » réunion de témoignages réalisée avec le concours de la paroisse Saint Roch (Paris), de la FSSP et de la SMMD. Ce petit livre avait déjà été présenté à deux évêques, Mgr Jordy (archevêque de Tours) et Mgr Rougé (évêque de Nanterre) ainsi qu’aux organisateurs du concile provincial de Paris. Il reçut un bon accueil et aucune réserve n’a été faite à l’encontre de ces néophytes un peu atypiques dans l’Eglise de France.

Soulignons ab initio la grande leçon de cette soirée : les néophytes sont une chance pour l’Eglise ! Accueillir des convertis ou des recommençants, c’est aussi enrichir la communauté et s’enrichir soi-même au contact de personnes enthousiastes dont on peut dire que le zèle ravive la flamme des « habitués » et nous rappelle la nature proprement extra-ordinaire du message évangélique.
Le phénomène de la hausse des baptêmes d’adultes et d’adolescents est bien connu de l’opinion publique - même en dehors de l’Eglise. Il faut dire que leur nombre a dépassé les 18 000 (10 000 adultes et 8 000 adolescents) en 2025 (soit un doublement du flux habituel). Pour une Église de France habituée aux mauvaises nouvelles, c’est là un fait étonnant et encourageant.
Mais ce phénomène touche aussi les paroisses où se célèbre la messe dite de saint Pie V, démontrant ainsi que la liturgie traditionnelle est vivante et attractive. A Paris, la liturgie traditionnelle n’attire que 2% des fidèles dominicaux… mais 10% des néophytes ! C’est certes une minorité mais à 10%, une minorité n’est pas dérisoire, et surtout ce niveau marque une claire surreprésentation par rapport à un taux de 2% des pratiquants réguliers.
Ces néophytes sont nos contemporains : ils suivent des cheminements autonomes, souvent appuyés sur la consultation d’internet. Ils veulent comprendre le sens de leur vie dans un monde qui leur paraît coupé de ses racines et qui avance sans règles. Et ce qu’ils cherchent n’est pas d’abord une forme liturgique mais surtout une relation au Christ et à Son Eglise.
Des témoignages exprimés et de l’expérience des prêtres présents, on retient d’abord que les catéchumènes ne viennent pas à la messe « tridentine » poussés par de simples considérations esthétiques. La beauté de la messe traditionnelle est pour eux une réalité, mais dans laquelle ils voient un élément d’un tout qui repose sur la Foi dans la présence réelle. Or, celle-ci leur semble souvent plus aisément perceptible dans une liturgie plus retenue et moins conviviale. Presque tous soulignent la noblesse de la cérémonie, le respect manifesté à Notre Seigneur, l’attitude des prêtres et des fidèles comme les facteurs clefs de leur option pour la Tradition.
Il est intéressant de noter que cette perception revêt pour certains une dimension émotionnelle, immédiatement acquise en assistant à la cérémonie. Une néophyte a même parlé de coup de foudre ! Chez certains, le silence qui accompagne la récitation du « canon » porte plus de sens que la lecture à haute voix de la « prière eucharistique ».
Mais pour d’autres, la démarche est plus intellectuelle et repose plutôt sur la cohérence étroite entre le déroulement de la messe et la définition théologique de l’Eucharistie. Dans les deux cas, ils considèrent que cette messe, centrée sur le Seigneur, rompt fortement avec la banalité du quotidien.
Enfin, tous soulignent la qualité de l’accueil qui leur fut réservé par les prêtres qu’ils ont rencontrés ainsi que la pertinence des pédagogies traditionnelles de la Foi comme les adorations, les pèlerinages, le catéchisme « questions/réponses ».

Avec des nuances selon les lieux, la formation proposée ne doit pas reposer uniquement sur des « temps forts » (comme les pèlerinages) mais les fait coexister avec une préparation doctrinale solide (de deux à quatre séances mensuelles) qui nourrit les intelligences et les renforce par la prière.
Cette formation des catéchumènes est exigeante et suppose de la part de ceux qui les « accompagnent » d’être disponibles et surtout d’être bien formés, à la fois spirituellement et doctrinalement.
Il faut également accepter que les parcours de vie des candidats au baptême soient parfois difficiles voire chaotiques - en relation avec les faiblesses morales de notre époque et de notre société.
Le défi est réel car après l’enthousiasme du baptême, le néophyte risque de souffrir du retour à la régularité, voire à la monotonie de la vie paroissiale - un peu comme les Hébreux dans le désert. C’est pourquoi, il est naturel de préparer cette phase « d’atterrissage ». Plusieurs pistes ont été proposées.
N’oublions jamais que nous serons d’abord jugés sur la Charité. Elle est au cœur, depuis toujours, de l’action de notre Eglise. Les paroisses sont actives sur ce plan également - je pense par exemple aux maraudes en direction des SDF. En invitant les « nouveaux » à les rejoindre, on accomplira une œuvre utile.
Sur le plan intellectuel, il est capital de proposer au néophyte de poursuivre sa formation : par exemple dans le cadre d’un catéchisme de persévérance - ou, de façon moins scolaire, tout simplement d’inviter le néophyte à servir la messe ou à rejoindre la schola.
Pour retrouver l’enthousiasme des grands moments du catéchuménat, il faut continuer avec ces moments intenses sur le plan spirituel que sont les pèlerinages ou les nuits d’adoration.
De façon plus prosaïque, la recherche de la convivialité doit être assumée. Si les offices sont des temps de recueillement et ne doivent pas laisser place à aucun laisser-aller, il est légitime d’organiser des temps d’échanges autour d’un verre ou d’un repas. Des liens naturels doivent se créer entre les fidèles, auprès desquels les néophytes doivent être les bienvenus.
C’est aussi l’occasion de rompre l’entre-soi de certaines de nos communautés, de renoncer aux débats historiques qui ne passionnent que les initiés et surtout de remercier les catéchumènes, les néophytes et les recommençants pour tout ce qu’ils apportent à l’Eglise.
NB : les textes des exposés présentés lors de cette soirée seront prochainement mis en ligne sur notre site.

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